Chapitre IV.  posté le mercredi 30 janvier 2008 22:57

20 Janvier 1917.


Je revis. J'ai passé ces trois jours à me morfondre et à envisager de me laisser mourir. Après tout, en quoi cela aurait-il détonné avec le monde qui m'entoure ? Des gens meurent autour de moi, des gens meurent loin de moi, des soldats, des civils, en quoi mon décès aurait-il eu une quelconque influence sur le cours du monde ?

Malgré mon immobilisme feint, je n'ai pas manqué de remarquer le désarroi de mon geolier et j'ai repris espoir. Je suis à présent persuadé que mes efforts n'ont pas été inutiles et que nous lieront bientôt contact, que ses lèvres se descelleront pour m'adresser quelques mots, ce n'est plus qu'une question d'heures, j'en ai la certitude.

Je ne parviens à déterminer ce qui me pousse à vouloir le connaître intimement. Peut-être suis-je touché par la gaucherie de ses manières ? Peut-être suis-je bouleversé par ce regard vide et désabusé qu'il pose sur un monde qu'il semble ne pas comprendre ? Peut-être suis-je curieux de savoir ce que ce visage dur et triste cache en réalité, profondément enfoui ? Peut-être suis-je tellement seul que je divague et imagine à tort que ses envies rejoignent les miennes ?

Il m'intrigue. Il m'intrigue infiniment. Je ne peux me départir de l'idée que son apparente impassibilité voile une nature agréable que je veux découvrir absolument. J'éprouve une étrange compassion lorsque je le vois passer le seuil de la porte, j'ai envie de lui dire que tout va bien se passer, que la guerre arrivera bientôt à son terme. Je suis si peu patriote que je serais prêt à lui promettre la victoire de l'Allemagne pour apercevoir ne serait-ce qu'une lueur de contentement dans son regard désincarné. Mais je ne le ferai pas. Je n'en ai pas le cran.


Lorsque Raffael Eisenbach pénétra dans la cellule pour la deuxième fois de la journée, il fut surpris de voir le jeune français assis en tailleur sur son lit et non pas prostré sous sa couverture. Evitant soigneusement de croiser son regard, il déposa le bol de soupe et le quignon de pain aussi loin de la paillasse qu'il le put avant de tourner rapidement les talons. Lorsque le jeune homme l'appela, comme à son habitude, il cessa cependant sa course et se figea. La moue préoccupée qui venait assombrir son visage ne manquait pas de refléter les doutes qui l'assaillaient. Il n'aurait jamais du aider le soldat français à se procurer de quoi écrire, il avait par cela définitivement modifié la nature de leurs relations et ne pourrait revenir en arrière. Cependant, il sentait sourdre au plus profond de lui un sentiment qu'il n'avait pas ressenti depuis des mois : l'envie. Il souhaitait rester et répondre à l'interpellation du prisonnier, uniquement pour prononcer quelques mots, pour se sentir moins seul et pour percevoir la vie qui s'échappait peu à peu de son esprit comme le sang d'une plaie béante. Les pensées de Raffael Eisenbach étaient le cadre d'un combat inégal entre son humanité et son statut de soldat. Il voulait se retourner pour engager la conversation avec le jeune homme, c'était son voeu le plus cher, mais il ne pouvait pas se permettre d'adresser la parole à l'ennemi, cela violait absolument toutes les règles que ses supérieurs lui martelaient jour et nuit. Pourtant, il prit une grande inspiration...


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Tous les commentaires de l'article:
Chapitre IV.

  • Lily

    mar 05 fév 2008 12:18

    mon dieu mais que ce passe-til??? tous tes personnages auraient-ils trouvé un peu de courage??? surprenant. Maius ça me plait!!! j'aime ces situations...^^
    bisouus et merci encore pour la suite!

  • nin-nin

    sam 02 fév 2008 22:52

    je trouve que tu écris vraiment très bien ... je retrouve tous leurs sentiments en quelques phrases et ton histoire a le goût de la vérité grâce à ton talent !! j'aime beaucoup le début et, même si je pense que l'histoire n'est pas forcément gaie, sa m' rendu le sourire !! merci et continuecomme sa : c'est vraiment beau ce que tu écris ...

  • chizu_chan

    sam 02 fév 2008 14:57

    allé clair c'est super bien !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! allé courage pour la suite on aime trop toutes tes histoires

  • chloe

    sam 02 fév 2008 12:50

    Est-ce qu'on va enfin avoir un dialogue entre ces deux personnages??? J'espère que oui!!

  • carolo74

    jeu 31 jan 2008 22:10

    J'aime vraiment beaucoup cette nouvelle fiction j'accroche ^.^ !!
    Raffel prend un grande inspiration mais moi en ne voyant pas le terme de ce suspens je risque d'étouffer... lol

    Bisous

  • elle sid

    jeu 31 jan 2008 21:12

    enfin ! >_<
    je suis encore sur le cul du sublime chapitre d'Andreï et Gabriel alors je vais pas pouvoir trop m'ettendre sur celui-ci
    même si ton style est toujours aussi bon n_n

  • Yue

    jeu 31 jan 2008 20:04

    AH non jeveux savoir!!!! Tu sais que je trouve cetet histoire superbe !!! Ta façon d'écrire me touche toujours à un pôint!!!!!! Et puis, le contexte est vraiment unique, i ln'y a que toi pour nous ecrire cela ^^

  • Mawiie

    jeu 31 jan 2008 15:07

    Rha' nan tu peu pas finir comme sa... Ouin xD
    Vivement la suite c'est pas tenable ce suspence !
    Merci pour le chapitre (super) Claire !

  • Dadoune

    jeu 31 jan 2008 14:33

    Il va lui parler?? Enfin??
    Roo tu es cruel de couper comme ca ^^

  • Nyuchan

    jeu 31 jan 2008 00:17

    Bouh la sadique!! Couper en pleine inspiration si longuement espérée!! C'est cruel! ><'
    Maintenant soit c'est une ruse et en fait il va juste expirer (><'); soit il va enfin parler mais pour dire quoi... that's the question!
    Mais au fait, ils parlent pas la même langue! Comment ils vont faire?! (Ou sinon j'ai loupé un détail à ce propos... ça ne m'étonnerait pas vraiment ¬¬')
    Sur ce, vivement la suite!!
    Avant qui meurt d'asphyxie ça serait bien! ^^
    (Humour d'après 0h00, navrée (ou navrant!))




 

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